Méditations sur l'amour

A mesure que j'avance dans le déploiement de mes potentiels, je découvre de nouveaux visages à l'amour. Plus exactement, je découvre que tous les visages sont ceux de l'amour, même quand ils sont déformés par la haine ou la peur, même quand ils portent le masque de l'indifférence ou du rejet. 

J'ai lu la première vérité du Buddha "Il y a de la souffrance, la souffrance doit être comprise, la souffrance doit être abandonnée", et j'ai dansé, dansé avec des compagnons, des compagnes, dansé les yeux dans les yeux. En eux, en elles, j'ai vu la souffrance, une souffrance sans nom et sans histoire, une souffrance qui était aussi la mienne. C'était comme si je percevais un pan de la réalité qui nous englobe tous : il y a de la souffrance. Dans cette neutralité, je pouvais prendre une distance, je pouvais me décoller. Surtout, je pouvais voir au delà. 

Et au delà, derrière la souffrance, derrière tous les masques et toutes les couleurs, toute la diversité, j'ai toujours vu de l'amour. J'utilise le verbe voir, mais percevoir serait plus juste. 

Avec les soufis, j'ai appris à avoir un regard "horizon", j'ouvre mes yeux d'une certaine manière - à l'horizontale, c'est une sensation physique bien précise - et je me présente à l'autre comme un paysage, ouvert, disponible. Là, mes projections et mes représentations s'arrêtent, elles disparaissent car elles ne sont plus nourries par la volonté de saisir l'intention de l'autre : est-ce qu'il me veut du bien ou du mal ?. Il ne reste plus que la rencontre, et je dirais, avec un peu d'emphase, que c'est cela la rencontre véritable. 

La Biodanza, dans laquelle je me suis engagée après cette expérience d'unité vis à vis de la souffrance, m'a donné à vivre de multiples facettes et possibilités de l'amour. Dans le vocabulaire propre au système Biodanza, nous lui préfèrons souvent - pas exclusivement - le terme d'Affectivité, une des cinq lignes sur laquelle nous agissons en dansant. 

L'affectivité se définit comme un état d'affinité profonde entre les êtres. J'adore cette façon de l'exprimer, j'imagine comme des racines qui nous relient. L'affectivité s'exprime dans le couple, dans l'amitié, la maternité / paternité, la camaraderie...elle englobe nos étreintes mais aussi nos confrontations. D'ailleurs, Alejandro Toro nous disait qu'à son sens, si des enfants ou des adolescent entrent à un moment dans la violence physique c'est parce qu'ils ont besoin de contacts, c'est donc une manifestation de l'affectivité. 

La Biodanza se pratique en groupe. L'affectivité entre ses membres est un des piliers du système, d'où l'importance de la régularité. Les situations répétées de rencontres, de contacts, de solidarité m'ont permis d'élargir de façon significative mon champs de possibles. Cela peut susciter de la joie, de l'enthousiasme et de nouvelles façons de vivre, également du doute, de l'inconfort... 

Cela m'apprend la souplesse - signe de bonne santé mentale dit-on - la capacité à me positionner, à changer, à me dépasser pour vivre l'amour. Un amour plus proche du réel, c'est à dire lavé de mes projections, schémas, habitudes... un amour qui me guide vers des situations inédites, qui me libère. 

L'amour est l'amour, avec tout son mystère. Il m'arrive de me torturer l'esprit pour le définir, pour comprendre d'où il vient. Pourquoi je t'aime comme je t'aime ? Comment t'aimer ? Je fais parfois des pas dans l'inconnu, des sauts dans le vide, je m'envole ou je m'abîme... je redescends ou me relève... 

J'apprivoise cet endroit secret où les formes et les manifestations n'ont pas de nom, pas de contenant.  Ici, dans les plis du mystère de mon âme, je cultive mes amours. Ils sont semblables à des icebergs dont l'apparente immobilité cache un monde souterrain. 

Embrasser l'immensité du monde, dehors et dedans, ouvrir encore davantage les portes et les fenêtres pour laisser circuler les liens, les couleurs et la musique. Laisser être les formes de mon amour.

Conseil de Rolando Toro : ça va mal ? Danse. Ca va bien ? Danse.

Je n'en ai pas d'autre.